Acheter un nom de domaine existant sans se tromper

Je me suis dit cette semaine que nous pourrions creuser un peu les choses du côté des domaines abandonnés « lâchement » par leur propriétaire… des domaines à récupérer ?

Je plaisante, car, en fait, certaines boites ferment ou se réorientent ou se font manger, parfois avec beaucoup de douleurs, et ce n’est pas forcément très drôle pour eux.

Mais, du coup, des domaines web deviennent disponibles alors que ceux-ci ont beaucoup de liens entrants et parfois de notoriété.

Et si l’on réutilisait un de ces domaines ?

1) Google en pense quoi ?

Google ne pense pas, ça se saurait 😉
Google condamne les liens artificiels ou les « systèmes de liens ».
Acheter un domaine préexistant fait partie du web depuis qu’il existe. Un domaine, c’est une adresse sur le web. Rien d’autre.

Si l’on fait l’analogie avec la vraie vie, c’est comme acheter un portefeuille de client (ce qui se fait, par exemple, dans le monde des assurances) ou acheter une entreprise en héritant de sa clientèle. C’est parfaitement légal, et moral, si les conditions d’acquisitions se sont faites dans une satisfaction réciproque.

Acquérir des clients frauduleusement, là ce n’est pas beau, c’est comme Google avec vos liens, Google veut que cela soit mérité, pas mal acquis.

Mais si vous achetez un domaine, et que les liens ont été acquis par celui-ci à la régulière, pourquoi voudriez-vous qu’il trouve à y redire ? Acheter un domaine n’a rien de condamnable. Cela ne regarde même pas Google, même si le domaine a des liens entrants.

2) Trompe-t-on l’internaute ?

Vous achetez un domaine qui a des liens et un internaute arrive chez vous par ces liens. Est-il trompé ?

Pas vraiment, c’est juste qu’au bout du lien il y a autre chose maintenant, peut-être quelque chose de plus intéressant qu’auparavant. Est-ce mieux de le laisser lire un article passionnant et lorsqu’il clique sur le lien, il n’y a rien, pas de site, pas de proposition, rien ? Ce n’est pas mieux.

D’ailleurs, arriver sur quelque chose d’autre que ce qu’indiquait le lien peut aussi se produire dans un autre cas : vous avez un site web, il a des liens, vous faisiez auparavant de la vente de chaussures en tissu fin. Vous changez d’activité, vous faites maintenant des bottes en caoutchouc, croyez-vous alors que l’internaute qui venait de lire un vieil article de presse sur les vertus des chaussures en tissu sera choqué en découvrant que vous faites maintenant des bottes en caoutchouc ? C’est votre droit.

Le web, c’est le surf, c’est la découverte. Derrière un lien, peuvent se cacher des sites inattendus. Si les liens sont anciens, il est normal que des surprises soient au rendez-vous. Croyez-vous que, dans la rue où vous habitez, les habitants soient toujours les mêmes qu’il y a 15 ans ? Si quelqu’un sonne à une porte pour revoir un ami d’enfance, et que c’est quelqu’un d’autre qui lui ouvre, est-ce si anormal que cela après 15 ans ?

C’est la vie.

3) Deux types de domaines : expirés ou à vendre

Un domaine expiré est un domaine qui, à un moment de son histoire, n’appartenait plus à personne. N’importe qui peut alors l’acheter au prix normal d’un nom de domaine.

Un domaine à vendre est un domaine qui appartient toujours à son propriétaire, qui n’a jamais expiré et qui, de préférence, est encore en ligne (avec son contenu d’origine ou un autre).

La valeur d’un domaine expiré est incertaine. Google ayant de plus en plus souvent l’habitude de mettre à 0 la valeur des liens pointant vers lui. Pire, si la cause de l’abandon (et donc de l’expiration) par son ancien propriétaire a été une sanction de la part de Google, vous pouvez parfaitement hériter de cette sanction.
Jouer avec les domaines expirés est donc un jeu délicat et il faut savoir perdre.

Je laisse donc de côté les domaines expirés pour ce billet.
Je ne vais aborder que les domaines « réguliers », à vendre par leur propriétaire.

4) Utilisation d’un domaine acheté

Il existe 4 façons principales d’utiliser un domaine acheté :
  1. Faire un site bidon pour y mettre de la pub (ce n’est pas mon style, donc, je ne vous le conseillerai pas).
  2. Faire un blog ou un nouveau site pour faire la promo de votre site actuel. Pourquoi pas, mais bon, c’est risqué même si vos intentions sont louables. Google peut parfaitement imaginer que vous avez voulu faire un site satellite uniquement pour les besoins du référencement.
  3. Rediriger le domaine acheté en 301 vers votre site. Normalement, ce n’est pas sanctionnable par Google, c’est un droit que vous avez. Cela peut aussi être bien pour améliorer un profil de liens un peu défavorable, même si là, du coup, c’est aussi pour le référencement.
  4. L’utiliser directement pour votre site.
Note : acheter un vieux domaine que vous faites pointer en 301 vers un très jeune domaine avec aucun lien est par contre un peu risqué, je pense. Pourquoi ne pas utiliser le nom de domaine directement plutôt ? Si vous faites des 301, ne faites pas que la page d’accueil, mais toutes les pages avec l’expression régulière qui va bien.

5) Évaluation d’un domaine à vendre

En premier lieu, prenez votre temps pour vérifier la valeur du domaine que vous voulez acheter. Un mauvais domaine coûte souvent le même prix qu’un bon, malheureusement.

Ayez bonne conscience et choisissez un domaine qui correspond à votre thématique et qui est dans votre langue, c’est tellement mieux.

Ne donnez pas trop d’importance au PageRank, ici, on s’en fout un peu (je fais de la lèche auprès de Google).

On commence par archive.org, la wayback machine, que faisait le site lors de sa création ? Était-ce un site d’information ou commercial ? Un site d’information, c’est mieux sur le papier. Un site institutionnel ? C’est encore mieux.

Ensuite, défilez le temps et regardez si le site a souvent changé de main et de vocation. Un site qui a changé de main plusieurs fois, ce n’est pas génial. Est-ce que le domaine est ancien ? Un domaine ancien est bien, vraiment bien, plus de 10 ans par exemple.

Si vous êtes accroc au PageRank, et que vous avez une 302 dans la waybackMachine à l’époque de la dernière mise à jour du PageRank, vous êtes sans doute en train de vous faire avoir sur le prétendu PageRank : fuyez !

Ensuite, 2 requêtes Google (vous remplacez ndd par le nom du domaine vérifié) :
info:ndd, est-ce bien ce domaine que vous êtes sensé acheter ?
idem avec cache:ndd

Ensuite, allez sur Majestic SEO voir à quoi ressemblent les FlowMetrics. Quel que soit le TrustFlow, évitez un domaine qui a un TrustFlow plus faible que le CitationFlow.

Regardez ensuite le nombre de domaines référents. Si le nombre de domaines référents est faible (< 100) en mode FreshIndex, cela n’est pas forcément utile d’aller plus loin… vous devez regarder cela tant pour la racine du domaine que pour les domaines en entier (attention, certains domaines n’ont pas les www. pour l’adresse racine).

Ensuite, emmenez votre regard sur le nombre de liens supprimés (dans le graphique « Répartition des backlinks », faites un roll-over sur le diagramme). S’il y a beaucoup de liens qui disparaissent ici, cela veut dire que c’est dans les 90 derniers jours du scan des robots de MajesticSEO, ce n’est pas forcément bon signe. Un domaine qui a perdu plus de 10 % de ces liens depuis 3 mois est étrange (mais cela peut s’expliquer).

Regardez à présent le rapport entre le nombre de domaines référents et le nombre d’adresses IP référentes. Ces deux nombres doivent être proches. Exemple : 100 domaines référents, 80 IP référentes.

Maintenant, portez votre attention sur le rapport entre le nombre de liens et le nombre de domaines référents. Viser un rapport de 10 maxi est bien. Exemple, 1000 liens et 100 domaines est bien alors que 10.000 liens et 150 domaines est plutôt moins bien.

On aborde à présent les ancres : à quoi ressemble la répartition des ancres ? Le mieux, aujourd’hui, est d’avoir au minimum 70 % d’ancres sans aucun mot-clé, même si le nom de domaine en comprend… Est-ce le cas ? Google dit qu’un mot-clé est quelque chose qui est tapé plus de 100 fois par mois, la limite est donc assez basse…

Quelques pièges sournois maintenant :
  • Combien y a-t-il de backlinks qui sont des redirections 301 (ancres vides) ? Regardez le CitationFlow et le TrustFlow pour voir ce que les redirections pèsent dans la valeur du domaine. Servez-vous au besoin des calculs abordés dans le billet sur les calculs de jus. En effet, il est rare que vous conserviez ces 301 après le changement de propriétaire, donc, il faut que la part de ceux-ci soit insignifiante.
  • Est-ce que dans la liste des domaines référents vous voyez des domaines louches ? (Extensions douteuses, thématiques douteuses dans le nom de domaine.)
  • Est-ce que dans les ancres de liens, il y a des ancres que pourrait ne pas aimer Google ? (Rachat de crédit, porno, jeux d’argent, etc.)
  • Est-ce qu’il y a une grande quantité de domaines éducation ou gouvernementaux ? Est-ce cohérent avec l’activité du site ? 3000 liens gouvernementaux pour un site qui vend du parfum, c’est peut-être étrange, non ?

6) Conclusion

Si vous avez le moindre doute, passez votre chemin. Votre site mérite sans doute mieux que d’hériter d’un mauvais profil.

Google ne veut pas que l’on soit trop offensif lors du référencement, ce qui revient à favoriser d’office les vieux sites qui ont eu plus de temps pour se positionner. Ce n’est pas sympa, mais c’est comme cela.
Acheter un domaine ancien, et avec une certaine autorité, est une piste à étudier, au cas par cas.

Voir également ce récent billet de François Deléglise où, en fin de billet,  François exprime un avis un peu différent sur l’achat de domaine : voir ici , au minimum le paragraphe “cas particulier” et le suivant : « La morale et le référencement ».

Prudence effectivement, l’idée n’est pas non plus de passer du côté obscur de la force, il faut donc savoir garder son bon sens et DOSER ;-).

Commentaires (17)

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    Yann

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    J’ai lu l’article de François D. et j’avoue que je me suis posé la question à de nombreuses occasions. Par exemple, sur des NDD éponymes. On en trouve beaucoup d’expirés avec de beaux profils de backlinks : normal, la personne parle en son nom. Mais je me voyais mal exploiter un site “françois-dupont.fr”, j’ai donc une morale. Beaucoup font des redirections sur ce genre de cas de figure, c’est moins “personnel”.
    Remarque, ça n’a pas empêché quelqu’un de racheter le NDD de mon ancien blog (justement prénom-nom) pour y poser un WP aujourd’hui encore vide (je le surveille…) Comme quoi, il n’avait pas lu ton article ou n’a pas de morale.

    Bref. Les NDD expirés, j’en ai acheté quelques-uns pour tester, et je suis extrêmement déçu des résultats. Je pense qu’il faut interpréter les stats données par les outils que tu cites à la baisse, car pour certains types de sites le linking peut provenir de linkwheels qui ne sont pas renouvelées les unes après les autres, ce qui fait qu’en l’espace de 2 ou 3 mois tu peux perdre des milliers de BLs.

    Enfin, j’ai des sites qui ne donnent rien de rien. J’ai eu beau faire de vrais liens et commencer à écrire des contenus originaux : rien, la page n’est même pas indexée ! J’ai donc perdu de l’argent et du temps. Je précise que j’avais fait les démarches que tu cites avant d’acheter.

    Je prépare également un billet sur le thème de l’achat de NDD expirés, sur le site que je mets en lien, qui est un domaine qui m’appartenait en 2001, que j’ai laissé filé et qui a changé plusieurs fois de propriétaires et de langues, et que j’ai repris pour mener des tests sur le sujet.

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      Christian Méline

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      Faut plus prendre des domaines expirés aujourd’hui.. sauf si on est joueur et que l’on a beaucoup de temps devant soi. 😉
      Il vaut mieux prendre des domaines qui sont encore en vie (Il y a plein).
      C’est plus cher, mais cela vaut la peine.

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    Johanna

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    Sympa d’aborder le domaining sous l’angle SEO, un nom de domaine expiré peut sembler excellent pour le branding mais il se révèle parfois calamiteux en terme de référencement… Mieux vaut passer au crible tous les aspects marketing avant d’utiliser un nom de domaine !

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    Le juge

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    Tres tres tres bon cet article – une petite précision sur les NDD expirés – ils ont tendance a récupérer rapidement leur PR / linkjuice des qu’on y remet quelque chose dessus dans la mesure ou les liens existent toujours en fait – il suffit de mettre une petite page d’attente par exemple – rapide et pas cher et de laisser vieillir le bbestiau quelques temps (le temps de faire un site qui tient la route dessus par exemple.

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    Counterwords

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    Je confirme, toujours vérifier l’historique d’un nom de domaine. Il a potentiellement été pénalisé précédemment de demeure inutilisable désormais.

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    François Deleglise

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    Merci pour ce très complet article. Lors du “cas particulier” que tu cites dans ton article, j’ai longuement recherche un article aussi complet que le tiens sur l’utilité de la reprise d’une nom de domaine expiré : me voilà servi.

    De plus, je trouve ton avis très intéressant sur l’aspect éthique de la reprise d’un ndd expiré : je suis ravi de voir que l’ouverture au débat et que l’appel aux différents avis a été suivi.

    À bientôt, très certainement. François.

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      Christian Méline

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      Très heureux de t’accueillir ici François.
      En fait, cet article était prévu depuis quelques semaines, mais j’ai un peu augmenté la partie « aspect moral » suite à ton article, en te faisant au passage un petit lien 🙂

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    Agence Sweep

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    Le choix du nom de domaine est essentiel en effet. En outre, les gens ne pensent pas toujours à regarder les extensions : .fr, .com…etc. et n’en réserve parfois qu’un sans vérifier qui a réservé les autres extensions (parfois des concurrents).

    [le commentaire étant à côté de la plaque => spam-bourrin]

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    elise

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    Ton article est au top ! Bien rédigé et développé, et donne de vrais conseils pour trouver des domaines intéressants à rediriger. Mais bien-sur il faut éviter certains pièges pour passer incognito aux yeux de Google comme tu les énumères. Bien se renseigner sur l’ancienneté du domaine et du profil de backlinks via majestic, c’est ce que je fais à chaque fois.

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    Djé

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    Merci pour ces conseils. Je me pose encore la question : comment fait-on pour savoir si un domaine expiré est pénalisé par Google?

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      Christian Méline

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      Si le profil est excellent, vous pouvez tenter le coup de l’acheter, vous le mettez en ligne avec juste une page et vous regardez si Google l’indexe correctement… il n’y a pas vraiment moyen de savoir s’il est pénalisé quand le domaine n’est pas en ligne.

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    MrXPookie

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    En effet c’est très malin comme façon de récupérer un bon ndd et d’acquérir des liens de qualité dés le début, certes c’est un travail de fourmi, mais s’il est bien fait cela peut être vraiment utile. J’ai d’ailleurs déjà utilisé ce genre de techniques et je dois dire que ça a plutôt bien marché. Je trouve ton article très (voir trop) bien rédigé 😉

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    Erwan

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    C’est sorti peu après ton article ; Google indique maintenant dans GWT si un site est victime d’une pénalité manuelle : c’est pratique si c’est l’ancien propriétaire qui a reçu le message et qu’on vient de récupérer le NDD. Cela suppose évidemment d’ajouter le site à GWT et donc d’être transparent envers Google…

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    Thomas

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    Il y a le concurrent d’un de mes clients qui exploite plusieurs sites thématiques avec des liens entre eux. Il y a un de ces sites qui a expiré mais les liens sont toujours là. Si j’achète et que je fais un redirection 301 ça risque pas grand chose a priori ?

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      Christian Méline

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      La question que l’on peut se poser c’est pourquoi l’a laissé expirer dans ce cas précis ?

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    Thomas

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    Probablement un changement de prestataire dans la gestion de leurs sites thématiques et comme ils en ont une dizaine, créés à des époques différentes, il y en un deux qui sont passés à l’as. Y-a-t-il un risque de concurrence déloyale selon vous ?

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      Christian Méline

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      Pour les aspects juridiques, je ne suis pas avocat, mais de ce que j’en sais, si le ndd ne contient pas de nom de marque, il n’y a pas de soucis au niveau du domaine lui-même.
      Par contre, le souci peut venir du contenu que l’on met sur le site.

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