Voyage dans un monde parallèle : la logique floue en SEO

La logique floue peut-elle nous rendre quelques services en SEO ?

Si vous ne savez pas ce que c’est, vous verrez que la logique floue est assez proche de notre façon naturelle de penser (et de nous exprimer) et que, finalement, la langue que nous parlons est remplie d’éléments de logique floue… troublant non ? (OK, le jeu de mots n’est pas génial) (je dis que ce n’est pas génial sinon personne ne va voir le jeu de mots)(c’était « troublant » le jeu de mot, sinon…)(bon, on oublie) (flop)

Là où la logique booléenne (en n’utilisant que FAUX ou VRAI) va être « cassant », l’usage de la logique floue fait entrer de la finesse dans la formalisation des problèmes, des situations, et permet d’obtenir ainsi des résultats tout en nuance.

C’est donc un type de logique très « humaine » pour peu que l’on fasse l’effort d’apprendre à s’en servir. Il nous faudra sans doute aussi désapprendre quelques réflexes binaires…

1) …

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Y’a rien dans ce paragraphe ?
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Non, j’ai le droit, c’est mon blog ;-).
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2) La logique floue

La logique floue « travaille » en qualitatif, là où les autres logiques travaillent en quantitatif.

Cela concerne à la fois la formulation des problèmes, l’évaluation proprement dite et les résultats.

On va pouvoir également traiter avec la logique floue des tas d’imprécisions :

  • imprécision des mesures
  • imprécision de l’observateur (ses propres défauts, son prisme)
  • imprécision dans le temps
  • imprécision dans l’exécution
  • imprécision de l’environnement et de son évolution
  • imprécision sur l’aspect universel d’un jugement

etc.
 
Du même coup, les données sont exprimées en des termes flous et les résultats aussi…
Mais flou ne veut pas dire inutilisable, bien au contraire !!

La vérité est que nous sommes nous-mêmes très flous, donc, ça devrait nous convenir ;-).

3) Le principe du tiers exclu

On utilise beaucoup la logique, booléenne ou pas, dans notre quotidien : chaque fois que nous devons choisir entre deux possibilités par exemple.
En développement, on utilise que la logique booléenne, ou presque, et à tour de bras.

Par exemple, lorsque l’on fait un contrôle de flux dans un programme, on fait reposer l’efficacité de ce contrôle sur le principe du tiers exclu.
Ce principe fait qu’une proposition ne peut pas être fausse et vraie en même temps.

Exemple en logique booléenne:
Si (Matts Cutts nous gonfle) Alors
        lui mettre des baffes
Sinon
        lui rendre grâce pour la mine d’informations qu’il nous livre quotidiennement
Fin si


Bouais… et s’il nous gonfle (1) tout en nous donnant des informations (2) ? (Pour (2) je déconne ;-)).
En outre, il peut nous gonfler plus ou moins selon les fois, nous donner des informations plus ou moins essentielles (ou inutiles), etc. Et certaines personnes peuvent avoir des appréciations différentes.

Bref, la vie, ce n’est pas blanc ou noir, elle est faite de nuances.

Ce principe du tiers exclu a, en fait, envahi notre champ de pensée et pas seulement celui des développeurs.

On peut d’ailleurs étendre ce principe à d’autres situations :
Quand on a 3, on n’a pas 4 ou 5, on a 3, point barre.
Pourquoi ? Ça pourrait être marrant, non ?

En fait, toute mesure quantifiée, quelle que soit la quantité de réponses possibles (vrai ou faux, nombre de 1 à 1000, etc.), limite les réponses possibles à un seul résultat à la fois qui exclut, de fait, tous les autres.
Mêmes soucis pour les nombres réels (avec des décimales) : 3,27 exclut d’office 3,28.

Un seul résultat possible à chaque fois, c’est en gros le principe du tiers exclu.

Notez également qu’inversement, par conséquence du principe du tiers exclu, de nombreux problèmes décidables doivent avoir une réponse seulement parmi les réponses possibles… je vous laisse méditer sur l’impact de cette restriction.

4) La logique floue et la formalisation d’un problème

Dans la vie de tous les jours, nous sommes tous appelés à transmettre à d’autres humains, ou à une machine, un problème que l’on ne peut résoudre dans les temps.

Appelons EntitéSympa une personne, ou une machine, appelée à résoudre ledit problème.
Bon, si EntitéSympa doit résoudre votre problème, il va falloir lui transmettre de telle sorte qu’elle comprenne ledit problème.

On appelle cela la « formalisation ».

En principe, on doit donc faire un effort intellectuel pour cette formalisation. Cette dernière doit être réalisée sous une forme compréhensible par EntitéSympa sans adaptation de sa part.
Pour cette phase, c’est VOUS qui devez faire l’effort pour être compris par EntitéSympa.

Exemple d’une formulation classique :
Une personne achète 4 iPad tous les vendredis des mois de 30 jours.
Combien d’iPad aura-t-elle acheté sur l’année 2014 ?


Hum…

Et si nous formulions ainsi notre problème :
Une personne PENSE qu’elle va acheter 4 iPad, NORMALEMENT tous les vendredis des mois qui font 30 jours, mais PAS TOUJOURS, cela PEUT ÊTRE un autre jour, ou pas du tout, À VOIR. Pour les mois de 28 jours, JE NE SAIS PAS, je ne SAIS pas ce qu’elle ESPÈRE faire en fait. Cela va DÉPENDRE de ses finances. Il faut aussi qu’Apple ne sorte pas un nouveau modèle, car si c’est le cas et que ce nouveau modèle est BEAU et lui plaît DAVANTAGE, je CROIS qu’elle pourra en acheter PLUS.

Il y a beaucoup d’imprécisions ici (en majuscule dans le texte).
Au final, cela fait combien d’iPad à la fin de l’année d’après vous ? (En outre, pourquoi voulez-vous un nombre précis ?)

Vous avez une EntitéSympa qui sait résoudre ce problème avec une telle formulation ?

Pourtant, ça ressemble davantage aux vrais problèmes que l’on se pose 24H/24 !

5) Les systèmes et les opérateurs en logique floue

Bien sûr, on y retrouve les ET, les OU, etc., et même certains opérateurs n’existant pas dans d’autres systèmes logiques.
Toutefois, nous avons plusieurs systèmes possibles pour évaluer les prédicats.
Nous ne rentrerons pas dans les détails ici, vous trouverez cela facilement sur le web.

Note : un prédicat s’évalue mais ne se calcule pas (au sens propre du terme).

Retenez ici que seul le principe du tiers exclu n’a pas lieu d’être :
En pratique, on peut être relativement grand tout en étant aussi un peu petit… (mais ça, je n’en suis pas certain ;-)).

Notez que notre copain Aristote a fait un truc un peu dans le même genre que la logique floue : la logique modale. C’est une curiosité à découvrir si vous ne connaissez pas.

6) Euh… c’est quoi le rapport avec le référencement ?

Imaginons que vous vouliez mesurer l’impact réel d’un critère SEO.
Faites-vous un petit environnement de test, par exemple comme expliqué ici chez Thomas Cubel.

Ensuite, définissez vos valeurs de vérité qualitatives et formulez le tout sous forme de prédicats.

Vous pouvez, par exemple, évaluer en logique floue, comment optimiser une balise TITLE… Vous pouvez aussi, sans utilisation des probabilités ni de valeurs quantifiées précises, évaluer la qualité de votre propre balise TITLE.

Vous pouvez aussi poser des prédicats pour évaluer les conversions (de façon qualitative).

Le champ d’utilisation est très vaste et les réponses souvent bien plus utilisables.

Un truc qui est assez fort est qu’on peut faire un bloc complet avec ce que l’on ne connait pas de l’algo de Google et on le rentre dans l’équation comme une boîte noire avec la qualification de son impact imprécis sur l’issue finale… à méditer peut-être ? 😉

7) Conclusion

La logique floue nous oblige à désapprendre certains réflexes que l’on a enseignés étant gosse.
Nous avons trop appris à mettre des nombres derrière chaque calcul, alors que la vie est basée sur des valeurs qualitatives, souvent subjectives, et pas sur des quantités ultra-précises.

Dans nos métiers aussi, nous raisonnons trop en logique binaire.
Les études SEO que nous lisons, par exemple, se bornent souvent à balancer des chiffres, parfois non corrélés d’ailleurs et ces études sont inutilisables en pratique.
Intellectuellement les % sont difficiles à transposer dans notre quotidien…

La logique floue pourrait, sans doute, être utilisée à tous les niveaux dans ces études, on y gagnerait certainement beaucoup.

On dit parfois que seuls les Japonais savent utiliser cette logique…
On essaye ?
 

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Commentaires (17)

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    Cyrielle

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    C’est flou tout ça ! ^^

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      Christian Méline

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      En es-tu certaine ?

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    Thomas Cubel

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    Salut Christian,

    Tout d’abord, merci pour le lien pointant vers mon article ! Tu viens de faire le premier backlink naturel 😉

    Ton article est totalement en accord avec ce que je pense. Tu l’as expliqué d’une autre manière, un petit plus scientifique comme à ton habitude, mais je trouve que c’est clair et intéressant !

    Effectivement, on réfléchit trop de manières exactes alors qu’on a le pouvoir de penser, de réfléchir, d’avoir des avis, etc. Notre vie et notre vécu nous ont amené à avoir une logique pareille, mais elle dépend vraiment d’autres choses à côté généralement. Ton explication sur les iPad est très démonstrative. Il y a plusieurs réponses qui peuvent sortir en fonction de ce qui pourrait se passer, ou des indicateurs qu’on souhaite prendre en compte.

    Je pense qu’il faut essayer d’être ouvert, de voir grand et de prendre un max de “pourrait”, “peut-être”, etc. Histoire d’avoir une vue globale, de retirer les éléments exacts et inexacts (flou) pour déterminer la qualité. Un truc qui pourrait faire taire beaucoup d’étude : Qui dit que le mec est compétent lors de la réalisation de celle-ci 😀

    Enfin bref, je regarderai la logique modale ce soir, je ne connais pas trop ! Merci pour l’article 😉

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    Régis

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    Finalement, ne serait pas quelques choses qui s’approcheraient de l’économétrie ?
    En effet, on y essaye de calculer avec des chiffres, des choses qui ne font que contenir à chaque niveau, et chaque étape de l’étude, des incertitudes. Incertitudes que l’on va essayer de réduire au maximum.

    Je sais, on y utilise des chiffres, mais la somme d’inconues peut parfois être tellement grande qu’on est pas loin de ne plus avoir de chiffres dans nos calculs.

    Je me rends compte que je n’ai pas fais d’économétrie depuis 7 ans, quasiment, cela expliquerait donc peut être pourquoi je n’ai plus mal à la tête.

    PS : finalement, j’utilise la pifométrie dans mes études, c’est officiel.

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      Christian Méline

      |

      Je ne connais pas l’économétrie.
      Ce que je sais par contre, c’est que beaucoup ont du mal à se détacher de la notion de probabilité/statistique.

      Par exemple :
      Tu as un verre d’eau partiellement rempli devant toi, on pourrait dire également partiellement vide… ça, c’est de la logique floue.
      Par contre, dire que le verre a 50% de chance d’être plein et, donc, 50% d’être vide, ça, ce sont des probabilités.
      Dire que lorsque l’on doit avoir 2,6 enfants par foyer, ça, ce sont des stats.

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    Ludovic

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    Ça pour être ouvert, l’internaute est ouvert…

    Perso je suis convaincu que l’adage normand “peut-être bien que OUI peut-être bien que NON” (de vrais philosophes ces normands) s’est fait une place chez Google.
    La dernière fois qu’ils ont essayé de virer les liens dans leur algo ça s’est pas très bien passé … (du coup il y en a quelques uns qui ont un avenir garanti 😉 )
    C’est un exemple, on pourrait en prendre un autre et parler des SERPs en folie du dernier trimestre 2013.
    GG a dû faire des réglages flous pour que ça ressemble à quelque chose 🙂

    Ce qui complique un peu l’histoire c’est que la logique est floue et temporelle. Le cœur du moteur est organique et change avec une veine algorithmique dans le cœur droit et une veine comportementale dans le gauche.

    Ah! j’allais oublier, merci pour tes idées Christian. C’est toujours un plaisir et un divertissement de te lire.

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    Vorbis

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    Bonjour Christian,

    J’ai envie de dire merci pour ce billet dont l’esprit doit nous amener à “sortir la tête du guidon”. N’étant pas (et comment) développeur à la base, je pense être beaucoup moins “victime” de cette vision booléenne dont tu parles qui, si elle peut résoudre bien des problèmes, peut aussi en causer :). Mais ce qui fait plaisir en te lisant (outre le fait que bien écrits les articles sont agréables à lire), c’est la philosophie, trop rare en SEO, de savoir aussi laisser place à l’incertitude.

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    Laurent Bourrelly

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    Oui mais non 😀
    Oui parce que tu nous relances un vieux débat intéressant sur la fuzzy logic et le seo (ou plutôt le search).
    C’est même assez paradoxal que la fuzzy logic (sorry j’ai du mal avec la version fr) puisse améliorer la pertinence.
    J’étais fasciné par le truc en fait, il y a quelques années.

    Non parce que ça reste binaire le SEO : tu rank ou tu rank pas !

    Maintenant que t’as causé de fuzzy logic, faudrait que tu abordes Game Theory.

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      Christian Méline

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      “tu rank ou tu rank pas”
      C’est plus en nuance que cela le référencement Laurent, tout simplement parce que personne ne ranke jamais ASSEZ 😉

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        Laurent Bourrelly

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        Nan tout le reste est de la rhétorique.
        A partir d’un certain moment, faut se sortir le doigt et ranker 😛

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    Ludovic

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    Une question :
    Une fois que tu poses tes règles floues sur une SERP c’est là que tu cherches son point G ?
    Si oui je crois que j’ai à peu près suivi sinon je vais me coucher parce que faire de la logique floue le vendredi soir, c’est limite indécent.

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      Christian Méline

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      En fait, je descends l’alphabet :
      G, pour le point G,
      F, Fuzzy Logic (comme dirait Laurent et d’autres qui ont du mal à utiliser certains mots en français 😉

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    Mathieu

    |

    Billet très intéressant, mais il y a peut être quelque chose que je saisis mal. La logique floue se rapproche beaucoup d’une logique humaine comme tu le dis, tout en imprécisions, mais pourquoi la rapprocher du référencement naturel qui est, comme le dit Laurent, totalement binaire au final ? Google c’est un algorithme bête et méchant, sans imprécision. Faire valoir la logique floue, ce n’est pas une façon détournée de reconnaître une impuissance face à un algorithme que l’on ne connait pas.. excepté par l’analyse approximative des résultats que l’on arrive à percevoir ?

    On peut avoir un avis binaire sur un facteur du référencement, ce qui rend le tout flou, c’est que ce dernier est suivi de centaines d’autres facteurs pondérés, non ?

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      Christian Méline

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      Laurent rend binaire le fait que tu sois premier partout ou pas, en cela c’est très binaire, oui.
      Mais… dans son commentaire, il a glissé de la logique floue en sachant parfaitement ce qu’il faisait (le joueur) : Laurent commence son commentaire par “oui et non”…
      C’est du deuxième degré 😉

      En pratique, on peut faire tous les calculs en logique floue et à la fin seulement, limiter le résultat à seulement 2 valeurs possibles (quantification). C’est comme cela que j’ai compris le commentaire, tout en subtilité, de Laurent.

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        Mathieu

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        J’y fais référence, mais je ne me basais pas spécialement sur son commentaire. Je souhaitais en savoir un peu plus sur le pourquoi de cette “logique floue” rapportée au référencement en fait (je n’en avais jamais entendu parlé). Pour moi techniquement le SEO n’a rien d’approximatif. Tu parles de valeurs qualitatives, mais ça l’algorithme l’interprète grâce à des variables tout ce qu’il y a de plus chiffrables, non ? L’utilisation de la logique floue ne viendrait t’elle pas uniquement de la complexité de comprendre le fonctionnement secret de cet algorithme ?

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          Christian Méline

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          Hum…
          Je vais reformuler alors :
          Si tu utilises des valeurs quantitatives pour savoir où une action de référencement va te mener précisément, ton résultat sera moins précis, et plus aléatoire, qu’avec une préparation de la stratégie en logique floue… c’est un paradoxe amusant d’ailleurs.
          La logique floue te permet également d’intégrer l’activité de ta concurrence, y compris les surprises…
          Ce n’est pas si mal que cela ;-).

          Ce billet a été écrit juste pour inciter à y réfléchir…

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            Mathieu

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            Oui tout à fait je ne suis pas là tant pour la questionner que pour comprendre pourquoi on l’utilise (paradoxe inside). Merci pour les précisions en tout cas 🙂

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